• Camille Giraudo

Retour à Bong Hai , septembre 2011



23 septembre 2011. Je pars plusieurs mois pour un voyage itinérant en Asie, qui me mènera du Golf du Siam aux temples d'Angkor, du Delta du Mékong au Tibet, et jusqu'à Shanghai. Un de mes principaux objectifs: retrouver le village natal de ma grand-mère Elisabeth en Indochine.



Malgré mes presque trois années passées en Chine, je n'étais jamais allé au Vietnam. Car ce n'était pas un voyage comme les autres et, je le réservais pour un moment spécial. Il s'agissait de découvrir la terre de mes ancêtres, avant qu'ils ne doivent la quitter suite à la défaite de Dien Bien Phu en 1954.




je souhaitais de tout coeur aller le visiter avec Mamie Babette. Elle nous a hélas quittés trop tôt. Ce reportage à Bong Hai, le berceau de la famille Auger, lui est dédié.




Arrivé à Hanoï, je décide de monter une petite expédition afin de me donner toutes les chances de retrouver le petit village du Tonkin où est née ma grand-mère en 1929.

Avant sa mort, elle m'avait donné quelques indications pour le retrouver: dont le nom, "Xa Bong hai", Province de Ninh Binh. Je lui avais promis d'y aller, et ce morceau de papier restait toujours près de moi.




Des cousins de mon père m'ont donné le nom d'une tante éloignée qui vivrait encore là-bas. C'est tata "nam" qui signifie "tata champignon". J'apprendrai plus tard que c'est son surnom, lié à sa petite taille...

C'est tout ce dont je dispose, avec une ancienne photographie prise dans les années 40 devant la maison familiale.


Je loue une voiture avec un chauffeur, Dong, qui connait bien la Région. Puis j'engage un interprète, Long, afin de pouvoir dialoguer une fois sur place. Et un photographe américain basé à Hanoï, Aaron Joel Santos ( les photos de ce post sont les siennes) . Ma démarche est d'avoir les plus belles photographies possibles pour avoir un souvenir de ces journées si importantes pour moi. Et de ne pas avoir à m'en soucier, me concentrer sur les rencontres, les moments, les émotions, tout en ayant le plus beau résultat à la fin.

Avec quelques indications et beaucoup d'espoir, nous partons pour la province de Ninh Binh. Arrivés dans les alentours nous interrogeons les villageois... connaissez vous une vielle femme habitant à Bong Hai et dont le surnom est "tata champignon"? ...




C'est les moissons dans la campagne Tonkinoise. Chacun s'affère à récolter, pantalons remontés jusqu'aux genoux, chapeau chinois sur la tête. Le buffle d'eau, fidèle compagnon de labours, n'est jamais loin.


Le riz fauché puis ligoté en bottes, est ensuite étalé sur la chaussée pour en faciliter le séchage puis le battage. C'est dans une ambiance feutrée et après plusieurs heures de recherche et de détours involontaires que nous atteignons le village.


L'endroit s'appelait "Xa Bong Hai" à l'époque des français. Puis les guerres, les bombardements des B52, les digues du Fleuve Rouge rompues à proximité, il a changé de nom. S'est agrandi avec de nouveaux quartiers. C'est une véritable enquête pour retrouver l'endroit précis où habitait la famille Auger avant-guerre.


Le guide, Long, demande à chaque passant, à chaque paysan au bord du chemin s'il connait une vieille femme qui répondrait du nom de "tata Nam" à Bong Hai.




Après une demi-journée de recherche, plusieurs fausses pistes et quelques débuts de doute, nous semblons approcher du but. Une villageoise dit connaitre effectivement une vieille dame, là-bas tout au fond du village avant le fleuve, qui est surnommée Nam.

Elle nous guide dans un entrelas de ruelles, jusqu'à un portail où nous nous arrêtons.

La petite dame est là. Elle sort de sa modeste demeure et l'interprète lui explique la raison de notre venue.


Je lui montre la photo en Noir et blanc.


Silence, puis grand sourire: même si elle ne parle pas français, elle énonce les prénoms de mes grands oncles et tantes: "Jean-Louis, Jean-Paul, Jeanne, Thérèse..." et ma grand-mère, Elisabeth! ... Incroyable! C'est bien tata Nam!







On se retrouve.






Je me sens reçu, accueilli, avec le plus grand naturel. La première gêne, liée à cette rencontre lointaine et si improbable et si désirée, s'évanouit très vite. On me fait entrer dans la maison, on m'offre un thé au jasmin. J'ouvre grands les yeux. Dehors, la rumeur circule: " il y a un étranger qui vient d'arriver et il dit qu'il est de la famille!" .


Je leur montre les photos emportées avec moi, certaines récentes pour expliquer les liens de parenté, d'autres datant des années 40. Tout le monde est très surpris et content. D'autres membres de la famille arrivent au fur et à mesure.


J'offre un repas que nous commandons au restaurant, moi qui arrive à l'improviste. Je retrouve cette ambiance si chaleureuse des repas viets avec ma grand-mère et les délicieuses saveurs du Tonkin.






On me raconte de nombreuses histoires de famille qui me sont traduites par l'interprète. Ainsi Tata Nam est une des seules à être restée au village après 1954 et la chute de Dien Bien Phu.

A peine mariée depuis trois semaines, son mari est tué à la guerre. Son Père, le frère de Louis Auger mon arrière grand-Père, est infirme et malade. Elle décide de braver la guerre et de rester s'occuper de son père et du précieux autel des ancêtres jusqu'à ce jour, en 2011.





Nous allons en procession prier et honorer les ancêtres de la famille, dont les photos, certaines datant des années 1900, trônent sur l'autel traditionnel.

Nous allumons des bâtonnets d'encens trois par trois, nous nous inclinons à 3 reprises. Tata Nam récite des prières et des incantations en vietnamien.

Nous ne les consumons que jusqu'à la moitié, l'autre sera brulée plus tard, une fois de retour en France, sur la tombe de la famille Auger à la Seyne-sur-Mer. Toute la cérémonie est très émouvante et impressionnante.


Ces quelques heures passent à toute vitesse.


Le départ est très émouvant. Je suis venu à l'improviste, et je ne souhaite pas trop les déranger, mais j'aurais aimé passer plus de temps à Bong Hai. Le contact étant maintenant établi, il sera facile d'y retourner.


J'espère que cela encouragera d'autres membres de la famille à y aller.












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Dessins, textes et photos Camille Giraudo tous droits réservés.