• Camille Giraudo

Istanbul. Départ de la Route de la Soie, juin 2006. Siwaley te Kurdo!

Mis à jour : avr. 11





TURQUIE , ‘ SIWALEY TE KURDO!”


Silawey Hewal! Maraba! Salaam Alekoum.

Voici la façon de se saluer à Diyarbakir, la capitale culturelle du Kurdistan turc à 1500 kilomètres à l'est des Dardanelles, sur les rives du Tigre, aux portes de la Mésopotamie.


Mon voyage a commencé il y a maintenant une semaine depuis mon arrivée à Istanbul, ville charnière enjambant le Bosphore, porte traditionnelle de l'Orient depuis la route de la soie, Byzance, Constantinople: de nombreux noms pour une ville mythique.





L'arrivée à Mavi Guesthouse vers 2 heures du matin est fabuleuse: on traverse la Mégalopole de 16 millions d'habitants en taxi à toute vitesse sur l'autoroute, de nuit, en longeant la Mer de Marmara, puis nous ralentissons en arrivant dans le quartier de Sultan Ahmet ou se trouve l'auberge, juste en face de Sainte Sophie, restée longtemps la plus grande église de la Chrétienté.





Le dortoir le meilleur marché de la ville se trouve sur le toit d'un immeuble vétuste où s'entassent une vingtaine d'ombres assoupies sur des lits superposés branlants, abrités des étoiles par une simple bâche tendue en travers. On entend les plaintes des goélands insomniaques et les lointaines sirènes des cargos. J'écarquille les yeux: à un jet de pierre se tient tel un géant ocre et nuit la Basilique Aya Sofia, silencieuse. On sent les cyprès, le feu de bois, la mer, l'Orient. J'y suis presque: de l'autre coté du Detroit ce sera l'Asie, et au bout, Shanghai.





J'y retrouve des amis stanbouliotes avec qui je redécouvre ces ruelles en contrebas où l’on peut apercevoir sur la Corne d'Or gris-bleue un navire se frayant un passage vers la Mer Noire ou la Méditerranée. Deux tourterelles rousses qui s'envolent d'un balcon, deux petites têtes de turcs et deux minarets dans le ciel azur, des maisons anciennes en bois craqué comme à Srinagar. L'aventure se profile alors que l'agence d'autobus à la gare routière a vendu ma place réservée par téléphone pour Malatya à quelqu'un d'autre: je me résigne...tant que ça va vers l'Est pour le moment ça me va. On a l'Est qu'on mérite.


24 h de bus, 1000 kilomètres, trois changements, deux minibus assis sur le marchepied la tête au carreau, et des paysages somptueux...il faut l'aimer cette route sinon on la vomit. Je suis arrivé hagard à Kahta, hameau kurde au pied du Mont Nemrud.





Excursion motorisée avec Ryan (Dr Jones) où l'on découvre un pont Romain ou se baignent des enfants dans l'eau courante, les femmes accroupies à l'ombre de la pierre vident des poissons pêchés au filet par de corpulents moustachus mais néanmoins souriants ( hello my frrrriend wherrre do you come frrrom?) , des brebis au poil long et fauve viennent s'abreuver sur fond de montagnes arides et ocres. Scène millénaire: c'est le bonheur simple de l'Anatolie pastorale chantée dans le Folklore, le paradis bleu de la dynastie des Commagène où la paix fut de 300 années.


La présence grecque antique a laissé de merveilleux souvenirs de cette période, de la douceur des figues ou des abricots sous les lauriers en fleur. Une statue de marbre intacte du Roi Antochius serrant la main d'Héraclès, un château haut perché, pour la vue et non pour la guerre. Et surtout le Tumulus du Mont Nemrud et ses colosses décapités, patrimoine mondial que l'on visite au coucher du soleil pour se rappeler l'espoir du grand Roi, il y a plus de deux mille ans, celui de demeurer en esprit avec les dieux en les honorant de ce sanctuaire unique.




Aujourd'hui. Capitale du Kurdistan. Diyarbakir est un des lieux ancestraux des premières sédentarisations, 7500 ans d'Histoire. La ville a été au centre de nombreuse grandes civilisations, ses racines dans les eaux limoneuses du Tigre. Martyrisée aussi il y a peu pour ses ambitions séparatistes. Hittites, Assyriens, Romains, Byzantins, Artukids et bien d'autres.


C'est le Moyen-Orient et il fait chaud.


Puis ce sera Van, et l'Iran.


Salam,


Djemil.



La carte de mon voyage sur la Route de la Soie.

Billets de cars turcs.

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